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Le VIH déjà résistant au moment de la contamination peut persister pendant sept années
Chris Gadd, Thursday, August 12, 2004
Selon deux études publiées dans la revue AIDS le 20 août, les personnes séropositives qui ont été contaminées par une souche de VIH résistante aux antirétroviraux pourraient ne pas présenter de réversion du virus vers une souche `sauvage`, pendant une période pouvant s’étaler jusqu’à sept années après leur contamination. Ces publications laissent entendre que les futures options thérapeutiques pour les personnes infectées par un virus résistant pourraient être limitées.

L’acquisition des résistances virales peut se faire de deux manières différentes. La résistance `primaire` survient après la contamination par une souche de VIH résistant aux antirétroviraux, et concerne entre 10 et 20 % des nouvelles contaminations au Royaume-Uni, en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord. A l’inverse, la résistance `secondaire` ou `acquise` apparaît quand des mutations se produisent à l’intérieur du virus, lui permettant alors de se répliquer malgré la présence de traitements antirétroviraux dans le sang.

Habituellement, les patients qui ont une résistance virale secondaire obtiennent une réversion rapide du virus vers sa forme `sauvage` (non encore traité) s’ils interrompent leur thérapie. En revanche, et ainsi que le démontrent les deux études publiées dans AIDS, chez les patients contaminés par un VIH déjà résistant, il faut attendre des mois, voire des années après la séroconversion et même en l’absence de traitement antirétroviral, pour que cette réversion se produise.

"Cette persistance de virus résistant est à l’opposé de la réapparition rapide de virus de type sauvage dans les infections installées, à l’arrêt d’un traitement," déclarent les auteurs de la première étude. "Les virus sauvages archivés n’existent peut-être pas dans les infections à VIH multirésistant acquis par contamination."

Dans la première étude (Brenner), des chercheurs Québécois ont analysé les modifications du génotype du VIH chez 31 patients qui venaient d’être contaminés et qui participaient à l’Étude sur l’Infection Primaire du Québec. Quinze de ces patients avaient acquis un virus sauvage, dix, du virus résistant à un antirétroviral, et six, du virus résistant à plusieurs antirétroviraux (ou multirésistant).

Après avoir suivi les patients pendant une période de dix-huit mois à sept ans, les chercheurs ont constaté qu’aucun d’entre eux – à l’exception d’un seul - ne présentait de modifications de l’enchaînement de mutations des gènes de la reverse transcriptase et de la protéase, associées à des résistances.

Ces observations suggèrent "qu’une seule espèce dominante de VIH-1 persiste…dans le sang circulant et dans les cellules mononucléaires du sang périphérique," quelle que soit la voie de contamination (rapports sexuels entre hommes ou usage de drogues par voie intraveineuse), que les patients aient été contaminés, ou par un virus sauvage, ou par un virus résistant.

Autre fait marquant, les chercheurs ont pu mener une analyse virale chez les partenaires de deux des patients qui avaient du virus multirésistant. A l’arrêt de leur traitement, ces deux hommes ont montré une réversion rapide du VIH multirésistant avec lequel ils étaient infectés, vers du VIH sauvage, alors que cette réversion n’a pas été constatée chez leurs partenaires participant à l’étude et contaminés par eux.

Les auteurs de l’étude ont également démontré que l’unique patient chez qui des modifications spectaculaires des mutations de résistance se sont produites, s’est retrouvé dans cette situation suite à une surinfection par une deuxième souche de VIH multirésistant provenant d’un partenaire autre que lors de sa première contamination. Cette surinfection s’est accompagnée d’une augmentation très importante de sa charge virale et de l’apparition d’un nouveau modèle de mutations, semblable à celui du partenaire d’où provenait la nouvelle souche virale contaminante.

Les chercheurs rappellent que la surinfection est un phénomène rare, probablement en raison des réponses immunitaires capables de protéger les individus contre les ré-infections. Ils spéculent sur une défaillance de l’infection multirésistante initiale, en tant que facteur de facilitation de la surinfection.

Dans le second article (Barbour), des chercheurs de San Francisco aboutissent aux mêmes conclusions concernant la persistance de VIH multirésistant chez des patients présentant des résistances primaires. Ces chercheurs ont suivi 22 patients qui venaient d’être contaminés, parmi lesquels 6 présentaient une résistance à au moins une classe d’antirétroviraux, sur une durée médiane de 12 mois.

Ces six patients ont conservé une résistance phénotypique et genotypique pendant la période d’observation. Bien que deux d’entre eux aient perdu une mutation à l’AZT (zidovudine, ou Retrovir) et au 3TC (lamivudine ou Epivir) 15 mois après leur contamination, ils ont continué de présenter une résistance phénotypique à tous les analogues nucléosidiques, sans pour autant présenter de mutations génotypiques ou phénotypiques aux inhibiteurs de protéase ou aux inhibiteurs non nucléosidiques de reverse transcriptase.

"Contrairement aux infections résistantes secondaires qui sont rapidement submergées par des virus sauvages à l’arrêt des thérapies, les résistances primaires persistent dans le temps," concluent les chercheurs. "Les résistances primaires persistent et restent détectables par tests génotypiques et phénotypiques, un an ou plus longtemps encore après leur acquisition. Les tests de résistance effectués précocement au cours de l’infection permettront aux cliniciens et aux patients de mieux réfléchir aux régimes thérapeutiques les plus susceptibles d’entraîner une suppression virologique optimale, une fois le traitement commencé."

Références

Brenner B et al. Persistence of multidrug-resistant HIV-1 in primary infection leading to superinfection. AIDS 18: 1653-1660, 2004.

Barbour JD et al. Persistence of primary drug resistance among recently HIV-1 infected adults. AIDS 18: 1683-1689, 2004.