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L’allaitement au sein « partagé » identifié comme nouveau facteur de transmission du VIH
Keith Alcorn, Tuesday, August 24, 2004
Selon une recherche menée au Gabon par une équipe germano-néerlandaise, l’allaitement au sein, par plusieurs femmes autres que les mères, même lorsque ces dernières ne sont pas séropositives, pourrait contribuer à l’expansion de l’épidémie de VIH en Afrique.

Les chercheurs disent avoir observé que des enfants sont allaités au sein par plusieurs femmes, dont leurs mères biologiques, et que cette pratique se distingue de celle de la nourrice plus traditionnelle (allaitement par une seule autre femme que la mère, lorsque celle-ci est dans l’impossibilité d’allaiter).

Selon ces observations, ce sont des aides ou d’autres membres de la famille qui allaitent les enfants, parce que les mères sont incapables de le faire « à la demande » à cause de leur travail ou de la nécessité d’aller acheter de quoi manger.

139 femmes participant à une étude sur la prévention du paludisme à Lambaréné, au Gabon, ont été interrogées, parmi lesquelles des mères dont les enfants étaient âgés de quatre à sept mois. 90 % de ces mères allaitaient leurs enfants au sein, même si seulement 8 sur 125 d’entre elles ont déclaré être les seules à le faire. En moyenne, le nombre d’enfants pour ces femmes était de 3.2, et les enfants les plus jeunes, en dehors des nourrissons, avaient trois ans.

Quarante pour cent des répondantes ont signalé allaiter au sein jusqu’à quatre enfants autres que les leurs (depuis les naissances les plus récentes). Par ailleurs, il était arrivé que 40 % des bébés des répondantes soient nourris au sein par d’autres femmes (parfois jusqu’à trois) que leurs mères. Les répondantes ont signalé que 20 % des enfants autres que les leurs et ayant été allaités par elles, et 20 % des autres femmes ayant allaité leurs enfants à elles, ne faisaient pas partie de leur famille.

Cette pratique du partage de l’allaitement au sein s’est révélée être plus fréquente chez les Eshira, mais les auteurs de l’enquête ne précisent pas si elle est courante dans tous les groupes ethniques (alors qu’au moins cinq d’entre eux étaient représentés par les participantes). Cependant, les chercheurs affirment que leurs résultats pourraient concerner une vaste région d’Afrique, et insistent pour que plus de recherches sur l’étendue de cette pratique et sur son impact sur la transmission du VIH soient menées.

« Avec ces taux élevés d’allaitement au sein précoce et pratiqué par plusieurs femmes dans notre échantillon de population – un facteur de transmission du VIH en soi – la signification de cette pratique, même lorsqu’elle est occasionnelle, est amplifiée, » disent les chercheurs.

Ils avancent que les recommandations internationales sur l’allaitement au sein et le VIH doivent prendre en considération cette pratique, et que les formations des soignants et des acteurs de prévention doivent aussi aborder la question du partage de l’allaitement au sein.

Bien que des études épidémiologiques ne révèlent pas un taux important de transmission inexpliquée du VIH chez les nourrissons dont les mères sont séronégatives, on ne peut exclure que l’allaitement partagé constitue un risque réel.

Le partage de l’allaitement au sein pourrait augmenter les risques de transmission du VIH même lorsque les mères sont séropositives, les enfants pouvant alors être exposés à de plus grandes quantités de VIH dans le lait d’autres femmes séropositives. Par ailleurs, si les mères séropositives prennent des antirétroviraux, l’allaitement partagé pourrait réduire à néant l’efficacité de ces traitements dans la transmission post-partum du VIH de la mère à l’enfant.

Cependant, dans ces deux cas, les analyses épidémiologiques laisseraient supposer que la mère biologique est à l’origine de l’infection de l’enfant, ce qui peut expliquer que l’allaitement partagé, comme voie potentielle de contamination, n’ait pas été identifié auparavant.

Références

Ramharter M et al. Shared breastfeeding in central Africa. AIDS 18: 1847-1849, 2004.